Association Internationale des Forêts Méditerranéennes

Restaurer les forêts et les paysages : les enseignements du rapport The State of the World’s Forests 2026

Par Martin Fillot, AIFM

Face à l’accélération de la dégradation des terres et aux pressions croissantes exercées sur les écosystèmes forestiers, la restauration des forêts et des paysages s’impose comme un levier majeur des politiques environnementales et de développement. Dans son édition 2026 de The State of the World’s Forests (SOFO), la FAO examine les conditions nécessaires pour passer des engagements internationaux à une restauration de qualité, capable de produire des bénéfices écologiques, économiques et sociaux durables. Pour les gestionnaires forestiers, les chercheurs et les acteurs des territoires, le rapport apporte des éléments de référence pour orienter les stratégies, les choix techniques et la gouvernance des projets de restauration.

Un état des lieux qui appelle à accélérer l’action

Intitulée Restoring forests and landscapes: the way forward for a sustainable future, l’édition 2026 du rapport phare de la FAO est consacrée à la restauration des forêts et des paysages comme réponse aux défis interdépendants du changement climatique, de l’érosion de la biodiversité, de la dégradation des terres et de l’insécurité alimentaire.

Le constat dressé par le rapport est préoccupant. En 2025, la superficie forestière mondiale était estimée à environ 4,14 milliards d’hectares, soit près de 32 % des terres émergées. Depuis 1990, environ 489 millions d’hectares de forêts ont été perdus du fait de la déforestation. Parallèlement, plus de 460 millions d’hectares de forêts et quelque 1,56 milliard d’hectares de terres sont considérés comme dégradés à l’échelle mondiale.

Ces chiffres illustrent l’ampleur des pressions exercées sur les écosystèmes terrestres et la nécessité d’intervenir à des échelles compatibles avec les objectifs internationaux de conservation et de restauration.

Au cours des dernières décennies, les engagements se sont multipliés, notamment dans le cadre du Défi de Bonn, de la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes (2021-2030) et du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal. La cible 2 de ce dernier prévoit de placer au moins 30 % des écosystèmes dégradés sous restauration d’ici à 2030.

Cependant, l’écart entre les ambitions affichées et les résultats effectivement obtenus demeure considérable. Selon les données du rapport, 70 pays et territoires ont déclaré près de 44 millions d’hectares de forêts en cours de restauration dans le cadre de l’Évaluation des ressources forestières mondiales 2025 (FRA 2025). D’autres dispositifs de suivi font état de surfaces plus importantes, mais les différences de périmètre, de définition et de méthode ne permettent pas de comparer directement ou d’additionner ces résultats.

Le rapport souligne ainsi un double enjeu : accélérer les interventions sur le terrain et améliorer la capacité à mesurer leur progression et leurs effets réels.

Restaurer ne signifie pas simplement planter des arbres

L’un des apports essentiels du SOFO 2026 est de rappeler que la restauration des forêts et des paysages (Forest and Landscape Restoration, FLR) dépasse largement les opérations de plantation. Elle repose sur une approche intégrée visant à enrayer et inverser la dégradation des écosystèmes, à rétablir leurs fonctions écologiques et à concilier conservation, production et moyens de subsistance à l’échelle des paysages.

Selon les situations, les interventions peuvent relever de la régénération naturelle, de la régénération naturelle assistée, de la plantation ou d’autres pratiques de gestion durable des terres (terrassements, réhabilitation de la ressource en eau ou encore la lutte contre les espèces envahissantes et la pollution). Elles peuvent concerner les forêts, les systèmes agroforestiers, les parcours, les zones humides, les ripisylves et d’autres milieux interdépendants.

Le choix des interventions doit donc découler d’un diagnostic du territoire : état de conservation des habitats, degré de dégradation, dynamique de régénération, disponibilité en eau, pressions anthropiques, usages des sols et besoins des populations. Cette approche implique de distinguer les objectifs poursuivis. La restauration écologique d’un habitat forestier naturel ne répond pas nécessairement aux mêmes exigences qu’une intervention visant à rétablir certaines fonctions productives ou à améliorer la résilience d’un paysage agricole.

La Restauration des forêts et des paysages - SOFO 2026
SOFO 2026

Pour les gestionnaires forestiers, cela signifie que la réussite d’un projet ne peut être évaluée uniquement au nombre d’arbres plantés ou à la superficie traitée. Elle doit aussi être appréciée à travers le rétablissement des processus écologiques, la composition et la structure des peuplements, la diversité biologique, la résilience aux perturbations et la pérennité des résultats.

Le rapport insiste également sur la nécessité d’intégrer les interactions entre les différents usages du sol. Une intervention menée sur un versant forestier peut, par exemple, contribuer à la régulation hydrologique, à la limitation de l’érosion et au maintien des activités agricoles en aval. La restauration gagne donc à être planifiée à l’échelle du paysage plutôt qu’à travers une succession d’opérations isolées.

Quatre leviers complémentaires pour changer d’échelle

Le SOFO 2026 identifie quatre voies d’action interdépendantes pour développer une restauration efficace et durable :

Les populations. La participation des communautés locales, des peuples autochtones et des autres acteurs des territoires est essentielle pour concevoir des interventions adaptées, renforcer leur appropriation locale et assurer leur pérennité. La planification participative peut également contribuer à réduire les conflits d’usage et à favoriser une gestion partagée des ressources naturelles.

Les territoires. La restauration doit être pensée à l’échelle des paysages, en tenant compte des interactions entre les écosystèmes forestiers, les terres agricoles, les zones humides et les autres milieux naturels. Les interventions doivent être adaptées aux conditions écologiques locales et privilégier le rétablissement des fonctions des écosystèmes.

La finance et les modèles économiques. Le développement de la restauration nécessite des financements durables et des modèles économiques capables de soutenir les interventions dans le temps. Le rapport souligne les possibilités offertes par la restauration pour créer des emplois, revitaliser les systèmes de production et générer des bénéfices environnementaux et socio-économiques.

La cohérence des politiques publiques et du cadre juridique. Des engagements nationaux de long terme, des cadres réglementaires adaptés et une meilleure coordination entre les politiques sectorielles sont indispensables pour créer les conditions nécessaires au développement de la restauration.

Quatre leviers restauration SOFO 2026
SOFO 2026

Évaluer la qualité de la restauration : un enjeu scientifique et opérationnel

L’augmentation des surfaces annoncées comme étant en cours de restauration ne suffit pas à démontrer l’efficacité des politiques mises en œuvre.

Le SOFO 2026 met en évidence les limites des systèmes actuels de suivi : les définitions, les indicateurs et les méthodes de déclaration varient entre les cadres internationaux et les pays. Les données disponibles portent souvent davantage sur les superficies concernées que sur les effets écologiques, sociaux et économiques des interventions.

Pour les chercheurs et les gestionnaires, cette question est centrale. Un suivi pertinent doit permettre de distinguer les moyens engagés, les réalisations et les résultats obtenus.

Selon les objectifs du projet, les indicateurs peuvent notamment porter sur :

  • L’état écologique : diversité et composition des espèces, structure des peuplements, régénération, habitats et connectivité écologique.
  • Le fonctionnement des écosystèmes : état des sols, dynamique hydrologique, capacité de régénération et résistance aux perturbations.
  • La résilience : évolution des peuplements face aux sécheresses, aux incendies, aux ravageurs et aux autres pressions.
  • Les dimensions socio-économiques : participation des communautés, évolution des usages, emplois créés, partage des bénéfices et pérennité des activités.
  • La gouvernance : capacité institutionnelle, continuité du financement, appropriation locale et qualité de la coordination entre les acteurs.

Ces indicateurs doivent être définis en fonction des objectifs de restauration, du contexte écologique et de l’échelle d’intervention. Des dispositifs de suivi à long terme, combinant observations de terrain, télédétection, connaissances scientifiques et savoirs locaux, sont indispensables pour documenter les trajectoires écologiques et adapter les pratiques.

Le rapport appelle ainsi à renforcer les standards, l’harmonisation des données, les capacités techniques et l’apprentissage adaptatif. L’objectif est de passer d’un suivi essentiellement quantitatif à une évaluation plus complète de la qualité et de l’impact des interventions.

Quels enseignements pour les forêts méditerranéennes, notamment en Afrique du Nord ?

Les enseignements du rapport The State of the World’s Forests 2026 trouvent un écho particulier dans le contexte méditerranéen, où les forêts sont soumises à des pressions multiples : changement climatique, sécheresses récurrentes, incendies, érosion des sols, pression pastorale et évolution des usages des terres. Ces enjeux sont particulièrement marqués dans les pays d’Afrique du Nord, où la disponibilité limitée en eau accentue la vulnérabilité des écosystèmes forestiers.

Le rapport souligne l’importance d’une restauration adaptée aux conditions locales, privilégiant lorsque cela est possible la régénération naturelle, les espèces locales et la préservation des sols et de la biodiversité. Elle doit s’inscrire dans une approche intégrée des paysages, associant forêts, parcours pastoraux et terres agricoles, tout en impliquant les populations locales.

Le suivi à long terme est essentiel pour évaluer non seulement les surfaces restaurées, mais aussi la qualité écologique des écosystèmes et leur résilience face aux perturbations. L’enjeu est de restaurer durablement les fonctions des forêts méditerranéennes et leur contribution aux territoires.

La gouvernance constitue également un levier essentiel pour la restauration des forêts méditerranéennes. Elle repose sur la coordination entre les politiques forestières, agricoles, environnementales et territoriales, ainsi que sur la coopération entre les pays du bassin méditerranéen. La clarification des responsabilités, la sécurisation des droits d’usage, la participation des collectivités et des populations locales, et la mobilisation de financements pérennes sont autant de conditions nécessaires pour assurer la continuité des actions et inscrire la restauration dans une gestion durable des territoires.

pine forest

Conclusion : passer des engagements à une restauration de qualité

The State of the World’s Forests 2026 rappelle que la restauration des forêts et des paysages constitue un investissement stratégique pour la résilience des écosystèmes, la biodiversité et le développement des territoires. Il met également en évidence les limites d’une approche centrée sur les surfaces restaurées et souligne la nécessité de mieux documenter les résultats écologiques et sociaux.

Pour les gestionnaires forestiers, les chercheurs et les décideurs, le défi consiste désormais à traduire les engagements internationaux en programmes de restauration adaptés, financés sur le long terme et évalués à partir d’indicateurs pertinents.

Cela suppose de renforcer les connaissances, de développer les compétences, d’améliorer la coordination entre les acteurs et de placer les populations au cœur des démarches. La prévention de la dégradation, la prise en compte des dynamiques écologiques et le suivi adaptatif doivent également être considérés comme des composantes essentielles de toute stratégie de restauration.

L’enjeu n’est donc pas seulement de restaurer davantage, mais de restaurer mieux : en privilégiant la qualité écologique, la pertinence territoriale et la durabilité des résultats.

Pour aller plus loin

FAO – The State of the World’s Forests 2026: Restoring forests and landscapes: the way forward for a sustainable future

📖 Consulter le rapport complet (en anglais)

📖 Consulter le résumé du rapport (en français)

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