Journée internationale des forêts : pourquoi les forêts méditerranéennes sont essentielles à la résilience des écosystèmes
Par Martin Fillot, AIFM
21 mars : Journée internationale des forêts
Chaque année, le 21 mars, le monde célèbre la Journée internationale des forêts, instaurée par l’Organisation des Nations Unies en 2012 afin de sensibiliser à l’importance de tous les types de forêts.
Cette date symbolise les cycles saisonniers des forêts dans les deux hémisphères et met en lumière leur rôle essentiel tout au long de l’année.
Les forêts offrent de multiples bénéfices, généralement regroupés en trois grandes fonctions : écologique, sociale et économique. Si la valeur économique des forêts — à travers le bois, les produits forestiers non ligneux et le tourisme — est particulièrement mise en avant cette année par la Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), leurs fonctions écologiques et sociales sont tout aussi essentielles. Les forêts régulent les cycles de l’eau, protègent les sols, stockent le carbone, abritent une biodiversité exceptionnelle et soutiennent les moyens de subsistance ainsi que le patrimoine culturel de millions de personnes.
Au sein du Consortium Méditerranéen pour la Biodiversité, les forêts ne sont pas considérées de manière isolée. Elles s’inscrivent dans un continuum écologique plus large reliant montagnes, zones humides, rivières, côtes et écosystèmes marins. Des forêts en bonne santé soutiennent les écosystèmes en aval en régulant les flux d’eau, en filtrant les sédiments et en maintenant des habitats qui bénéficient in fine à la biodiversité côtière et marine.
Protéger les forêts, c’est donc protéger l’ensemble du système écologique méditerranéen.
Les sites pilotes forestiers du projet RESCOM
À travers l’initiative RESCOM, le consortium met en œuvre des Solutions fondées sur la Nature sur plusieurs sites pilotes en Méditerranée.
Deux sites illustrent particulièrement l’importance des forêts dans cette approche :
Parc national de Oued Ezzen, Tunisie
Le Parc National de Oued Ezzen abrite des écosystèmes forestiers remarquables typiques de la région de la Kroumirie, notamment des forêts de chêne-liège et de chêne zéen. Ces habitats accueillent une grande diversité d’espèces telles que le cerf de Barbarie, des amphibiens et de nombreux oiseaux.
Dans le cadre de RESCOM, les actions se concentrent sur :
la restauration des zones forestières et des bassins versants dégradés, afin d’améliorer la résilience des écosystèmes et de réduire l’érosion,
le renforcement de la prévention des incendies, notamment par la création de tranchées pare-feu et l’amélioration des dispositifs de surveillance,
la gestion des flux de visiteurs et le développement de l’écotourisme, à travers la signalétique, l’aménagement de sentiers et d’espaces dédiés,
la restauration et la gestion des sources d’eau et des zones humides, pour soutenir la biodiversité et assurer une utilisation durable de la ressource en eau.
Ces actions visent à renforcer à la fois la résilience écologique et le développement local durable.
Parc naturel de Bouhachem, Maroc
Le Parc Naturel de Bouhachem est l’une des zones forestières les plus riches en biodiversité du nord du Maroc, abritant des forêts méditerranéennes de montagne uniques et de nombreuses espèces endémiques. Dans le cadre du projet RESCOM, les efforts de restauration se concentrent sur une zone de chêne-liège fortement affectée par les incendies.
Les actions envisagées incluent notamment :
la restauration des habitats prioritaires de chêne-liège par régénération naturelle assistée, plantations ciblées et gestion pastorale adaptée,
la protection des habitats clés pour le macaque de Barbarie, dont la population locale est estimée à environ 250 individus,
l’implication des communautés locales dans les actions de restauration, depuis la planification jusqu’à la gestion à long terme,
l’expérimentation et l’application des standards de restauration écologique développés par la Society for Ecological Restoration Europe (SERE), déjà mis en œuvre dans le sud de l’Espagne.
Ce site illustre comment la conservation des forêts peut aller de pair avec le développement rural et la protection de la biodiversité.
Enjeux de gouvernance des forêts méditerranéennes
Les forêts méditerranéennes sont confrontées à de multiples pressions : changement climatique, incendies, pâturage, tourisme et concurrence entre usages. Leur conservation dépend donc non seulement d’actions de restauration écologique, mais aussi de modes de gouvernance adaptés.
Dans des pays comme la Tunisie et le Maroc, les forêts sont majoritairement des terres publiques gérées par les administrations forestières nationales. Cependant, les communautés locales dépendent historiquement de ces espaces pour le pâturage, le bois de chauffage et les produits forestiers non ligneux.
Concilier préservation de la biodiversité et besoins locaux nécessite des modèles de gouvernance inclusifs associant autorités forestières, populations locales, chercheurs et organisations de la société civile.
La co-gestion : une voie vers des forêts durables
La co-gestion constitue une approche prometteuse, en impliquant les parties prenantes locales dans la prise de décision et la gestion des ressources naturelles.
Au Parc National de Oued Ezzen, l’élaboration d’un Plan d’Aménagement et de Gestion (PAG) a permis de créer un espace de dialogue entre autorités forestières, communautés locales et partenaires techniques.
Ce processus participatif a permis de :
identifier des actions prioritaires de conservation,
intégrer les savoirs locaux dans la gestion des écosystèmes,
aligner la protection de la biodiversité avec les opportunités de développement local.
Ces approches renforcent l’appropriation locale, réduisent les conflits d’usage et garantissent la durabilité des actions de restauration.
Des forêts à la mer : restaurer la Méditerranée comme un système
Les forêts méditerranéennes ne sont pas seulement des réservoirs de biodiversité : elles sont aussi des composantes essentielles du système écologique reliant montagnes, rivières, zones humides et mer.
En intégrant la conservation des forêts dans une stratégie multi-écosystèmes, le Consortium Méditerranéen pour la Biodiversité contribue à restaurer la connectivité écologique et à renforcer la résilience face au changement climatique.
À l’occasion de la Journée internationale des forêts, le consortium rappelle que protéger les forêts est une étape essentielle pour préserver le patrimoine naturel méditerranéen et soutenir les communautés qui en dépendent.
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